J’ai rêvé la Révolution

 
J'ai rêvé la Révolution

texte et mise en scène : Catherine Anne
co-mise en scène : Françoise Fouquet
dramaturgie : Pauline Noblecourt
scénographie : Elodie Quenouillère
costumes : Alice Duchange
son : Madame Miniature
lumière : Michel Theuil
régie générale : Laurent Lechenault

Distribution
Catherine Anne : la prisonnière
Luce Mouchel : la mère
Morgan Réal : la jeune femme
Pol Tronco : le jeune soldat


17, 18 et 19 janvier 2018, Chateau Rouge, Annemasse,
25 janvier au 2 février, MC2, Grenoble,
5
au 16 février, Manufacture des Œillets-CDN-Théâtre des Quartiers d’Ivry,
8 et 9 mars, Théâtre du Sillon, Clermont L’Hérault,
15 et 16 mars, Théâtre de Privas,
3 et 4 mai, Théâtre des Halles à Avignon en collaboration avec la Scène Nationale de Cavaillon.

La fable de J’ai rêvé la Révolution n’est qu’en apparence l’histoire d’un temps révolu : elle laboure nos angoisses et nos contradictions contemporaines. Elle se lit comme un rêve autour de la figure d’Olympe de Gouges. Rêve profondément moderne, qui dessine à nos yeux une femme marquée par l’enfermement et l’injustice, persistant à défendre un humanisme révolutionnaire ; rêve d’une époque où tout bascule, et qui pourrait être la nôtre.

Car ce n’est pas l’Olympe de Gouges aujourd’hui « panthéonisable » que ressuscite Catherine Anne ; non, c’est la femme provocante, et polémique. Une des grandes forces de la pièce est de parvenir à gommer le relatif consensus déposé par le temps en couches successives, pour restituer le choc d’une femme qui s’affirme l’égale d’un homme, et revendique son droit à la plume et à la politique. C’est précisément là que le portrait d’Olympe de Gouges affirme son essentielle contemporanéité.

Mais ce n’est pas seulement la question féministe que J’ai rêvé la Révolution vient faire résonner à l’aune du passé. Car l’idéologie qui fait face à cette prisonnière, c’est un idéal révolutionnaire transformé en fanatisme meurtrier. Incarnation de cette Terreur aveugle, le soldat interroge par jeu d’échos la propension de l’idéal à se muer en intransigeance, et l’intransigeance en fanatisme. Qu’est-ce qui peut pousser un homme à voir les têtes rouler sans s’émouvoir ? À appeler de ses vœux la rivière de sang, au nom d’une Révolution qui était pourtant née sous les auspices de l’humanisme et de la justice ? Sans manichéisme, la pièce tisse les fils de cette époque troublée, et nous interroge, par ricochet, sur ce qui mène au fanatisme. Réflexion nécessaire, en une époque qui voit monter les radicalismes – à commencer par le terrorisme, mais aussi le fascisme – et qui permet de sortir de l’image du monstre pour interroger une certaine forme de « banalité du mal » chez un homme qui ne fait, au fond, que son devoir – garder une prisonnière pour la mener au supplice.

Et à contempler la Révolution depuis l’intérieur d’une prison, c’est également toute la question du régime d’exception qui est ici soulevée. La tragédie qui se joue-là résulte d’abord d’un malentendu entre la prisonnière – persuadée qu’un état de droit entendra sa défense – et le système qui la condamne – un état d’exception. Et si notre démocratie est aujourd’hui l’héritière heureuse de cette effervescence révolutionnaire, l’histoire d’Olympe de Gouges nous invite à réfléchir aux glissements – parfois catastrophiques, parfois insensibles – qui conduisent un état de droit à un régime d’exception. À l’heure où la France achève sa seconde année sous l’état d’urgence, à l’heure où l’extrême-droite gagne du terrain dans les démocraties occidentales, une réflexion sur ce qui constitue un état de droit, une justice qui fonctionne, ne peut que sembler nécessaire. Olympe de Gouges, qui plaide d’abord pour le droit à exprimer son point de vue, à défendre ceux que l’on condamne, même au péril de sa vie, est une figure de l’héroïsme dont notre époque aurait tort d’oublier le révolutionnaire humanisme.

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