Climats tempérés
Mise en scène
Jean-Claude Buchard
Interprétation
Catherine Anne
Camille Granville
Florence Marty
Danuta Zarazik
« CLIMATS TEMPÉRÉS »
à l’hôpital de Bicêtre Le décor ne fait pas le moine.
Par MICHEL COURNOT.
Publié le 15 avril 1983
Dans une salle commune hors service de l’hôpital de Bicêtre, le Jeune Théâtre national présente un spectacle mis en scène par Jean-Claude Buchard : Climats tempérés.
Jean-Claude Buchard, vingt-sept ans, organise depuis cinq ans des spectacles en dehors des bâtiments de théâtre, par exemple dans un mausolée à Rome, une rue ancienne à New-York, une gare désaffectée, un cabaret, une chapelle, à Paris.
En fait, il ne s’agit que de travailler, comme au cinéma, » en décor réel « , à ceci près que les cinéastes, dans une gare, tournent en principe une scène de gare, alors que les gens de théâtre vont y interpréter un Shakespeare ou un Beckett, et empruntent au lieu authentique seulement la force affective, architecturale, ou médiumnique, d’un décor où des femmes et des hommes ont travaillé, ou souffert, ou bien au contraire se sont distraits.
Cette fois, à Bicêtre, il y a une coïncidence prétendue entre le décor vrai (la salle commune avec ses deux rangées de lits de fer, ses tables de nuit, ses chaises pour visiteurs) et le propos, puisque le propos serait l' » univers psychiatrique « .
Quatre jeunes actrices, qui s’allongent sur les lits, ou regardent par les hautes fenêtres, ou courent d’une porte à une autre, récitent en effet à tour de rôle des textes écrits par quatre autres jeunes femmes, et qui sont censés exprimer des pensées, des images, de personnes psychiatrisées. Les auteurs sont Françoise Garbarini, Annick Mevel,
Marie Morgane, Monique Wintz.
La chose n’est pas tout à fait convaincante, parce que les textes récités ne transmettent pas la vie, ou la non-vie, d’une conscience, dans quelque inquiétude, ou refus, ou manque, qu’elle soit, comme par exemple les lettres de Rodez d’Artaud ou le texte extraordinaire de Leonora Carrington. En bas, ce sont plutôt des textes ultra-littéraires et culturés, maniérés même, avec beaucoup de tics lexicaux des universitaires et intellectuels d’aujourd’hui ; ce sont des textes, si l’on veut, confortables, sauf celui que dit, en fin de séance, l’actrice appelée Catherine Anne, beau-récit-poème vrai et visionnaire. Catherine Anne, actuellement élève de Jacques Lassalle au Conservatoire, manifeste ici des facultés rares de présence, de loyauté et d’imagination créatrice.
Camille Grandville et Florence Marty avaient déjà montré, aux journées de fin d’études de juin 1981, leur talent, Camille Grandville d’ailleurs plutôt dans la gravité, mais ces deux excellentes actrices sont, dans Climats tempérés, incommodées par les artifices de leur texte.
Les idées de mise en scène de Jean-Claude Buchard sont souvent intéressantes, elles dénotent une observation attentive des actes manqués, des gestes à-côté, instinctifs, effets d’imaginations en cavale pendant que les actes normaux du jour le jour
continuent. Mais Jean-Claude Buchard pourrait choisir des œuvres plus exigeantes, moins soumises aux modes.
MICHEL COURNOT.
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« Catherine Anne, actuellement élève de Jacques Lassalle au Conservatoire, manifeste ici des facultés rares de présence, de loyauté et d’imagination créatrice. »
Michel Cournot Le Monde