Le bonheur du vent
Résumé :
Femme libre, vivant et travaillant sans complexe dans la sauvagerie de l’Ouest, Jane vient de mettre au monde une petite fille. Le père de la nouvelle-née est parti vivre d’autres aventures. Sans fortune, Jane se retrouve seule pour élever et nourrir sa fille. Un ami, cow-boy rude et tendre, essaie de l’aider. Il lui propose de confier le bébé à un couple de riches qui cherchent à adopter. Après avoir violemment refusé, Jane fera ce geste. Des années plus tard, Jane reverra sa fille devenue jeune femme, sans dévoiler la réalité de leur lien.
Structure et thématique :
Construite en trois actes, trois périodes, la pièce tournoie entre trois femmes, Jane, Helen et Irène. La mère, la mère adoptive et la fille. Et trois hommes mènent l’action avec elles. Deux sont des personnages de la pièce : Jim, le mari devenant père adoptif, et l’ami, trouble aventurier. Le troisième homme ne
sera jamais qu’absent. Il est l’amant, l’homme de la passion amoureuse de Jane, celui qui disparaît deux fois. Ça se passe au Far-West, dans une société masculine dominée par la force et étouffée par la religion. Et toute la pièce est nouée autour d’un acte : le passage d’un enfant de sa famille biologique vers une autre famille. S’agit-il d’un don, d’un abandon, d’une adoption, d’un vol ? La pièce ne prétend pas juger cet acte, mais donner à voir, à entendre, à deviner, tout ce qui se déchaîne dans les corps et dans les têtes de celles et ceux que cet acte met en mouvement. La fiction se passe dans une époque donnée, dans un pays précis, alors bien sûr il y a une petite odeur de crottin et de poudre. Mais ce n’est pas devant, ce n’est pas important, ce n’est pas ce qui bouleverse les personnages et nous les rend proches, universels. Ce qui est devant, ce qui motive et entraîne l’écriture de cette pièce, c’est la question du lien.
Avertissements aux lecteurs et aux interprètes :
Malgré une orthographe des prénoms majoritairement américaine, il me semble préférable de les prononcer à la française, afin d’éviter que ces prénoms ressortent, comme des sons étrangers dans le corps du texte. Cette orthographe particulière est la trace des êtres réels, dont l’histoire a inspiré l’écriture de cette pièce. Et, pour ne pas oublier l’époque à laquelle cette histoire se déroule, voici le calendrier des scènes :
Acte un – scène 1 : Mai 1874
Acte un – scènes 2, 3, 4, 5, 6 : Juillet 1874
Acte deux – scène 1 : Juillet 1876
Acte deux – scène 2 : Août 1876
Acte deux – scène 3 : Juillet 1877
Acte deux – scène 4 : Août 1877
Acte deux – scène 5 : Novembre 1877
Acte trois- scène 1 : Août 1888
Acte trois- scènes 1, 2, 3, 4 : Août 1888
Acte trois- scènes 5, 6 : Septembre 1888
Acte trois- scène 7 : Octobre 1888
Acte trois- scène 8 : Novembre 1895
Acte trois- scène 9 : Mai 1902
6 personnages : 4 femmes et 2 hommes
L’ami
Mary
Irène
Jane
Jim
Helen
À la création, la pièce a été jouée par 5 comédiens : 3 femmes et 2 hommes
Première représentation : le 7 mars 2003 au Théâtre de l’Est parisien
Le 7 mars 2003, au Théâtre de l’Est parisien 159, avenue Gambetta 75020 Paris dans une mise en scène de l’autrice.
Extrait
ACTE 1 scène 6
Dans un recoin de la gare, Jane portant sa petite.
| JANE . | Dors ma petite Comme tu es belle endormie Nous sommes à la gare Je les vois Ils marchent sur le quai Ils s’approchent du train Ils parlent doucement Quelqu’un porte leurs bagages Ils marchent sans se tourmenter d’exister Je te le souhaite petite le bonheur des riches Qui n’est pas l’argent mais la certitude Helen porte un chapeau charmant Son visage est fantastiquement blanc Ses gestes délicats Elle monte dans le train Première classe Tu seras bien au chaud Dors Dans ton sommeil toujours je viendrai murmurer des chansons Psitt Jim Jim |
Appelé, Jim s’approche.
| JIM . | Jane |
| JANE . | J’attendais qu’elle monte dans le train Votre femme Dieu la bénisse Ma petite est là Elle dort Prenez-la emportez-la Vite |
| JIM . | Je suis surpris |
| JANE . | Cette nuit j’ai compris Je ne pouvais pas tenir Mon cœur affolé Et elle Encore paisible J’arpentais la cabane cherchant dans ma tempête un peu de calme Jamais je ne lui donnerai la chance de vivre en paix Jamais je ne pourrai lui donner Tout ça que j’ignore Les belles manières L’instruction Et la tranquillité de l’âme Prenez-la emportez-la Dans son couffin endormie sans qu’elle me voit pleurer grincer des dents |
| JIM . | Vous avez besoin d’argent Jane pour l’élever et je peux |
| JANE . | Regardez comme elle est belle Elle ressemble à son père De l’argent J’en ai mis sous le matelas de son couffin j’en enverrai de plus Donnez-moi votre adresse |
| JIM . | Jane il faut que nous soyons sérieux Adultes Si ma femme prend ce bébé dans ses bras Elle ne pourra plus le lâcher |
| JANE . | OK parlons entre hommes (Elle rit.) |
| JIM . | Si vous avez besoin d’argent pour l’élever ici |
| JANE . | Non Il faut être sérieux Jim adulte Je suis beaucoup trop fière pour accepter la charité Je n’ai jamais pu me plier aux petits arrangements Aux salamalecs D’ailleurs je pourrais la nourrir ma petite L’argent Je sais comment le gagner La nourrir l’habiller OK et puis Quel exemple Ici Aucune beauté aucune gentillesse Chacun ne compte que sur ses colts J’ai préparé un biberon Quand elle se réveillera vous l’embrasserez pour moi et Vous le lui donnerez |
| JIM . | Le train va bientôt partir |
| JANE . | Oui |
| JIM . | Il faudrait que j’appelle Helen |
| JANE . | Non Prenez-la Donnez-lui de l’amour Je suis sûre de vous Jim vous êtes un homme excellent Votre femme vous saurez lui parler J’ai la langue si lourde |
| JIM . | Je crains que vous regrettiez cette décision |
| JANE . | Jamais faites-vite Qu’est-ce que je suis Jim Une femme solitaire qui aime galoper et dormir sous les étoiles Une femme solitaire qui ne peut supporter sur son cou le licol Ni même la main d’un homme Toute la nuit j’ai réfléchi Je ne suis pas folle Jim je vous la confie Ici Il n’y a que des bêtes et des tueurs Si je garde ma petite elle sera maltraitée Toute son enfance montrée du doigt Elle portera le poids d’être ma fille Emmenez-la protégez-la Et qu’elle fasse des études Donnez-moi votre adresse Que je puisse envoyez de l’argent pour |
| JIM . | Jane Si nous voulons qu’elle soit heureuse Nous devons être clairs |
| JANE . | Regardez comme elle dort |
| JIM . | Il ne faudra pas chercher à la voir Quand elle sera adulte je lui apprendrai la vérité Mais toute son enfance Si nous voulons qu’elle soit heureuse |
| JANE . | Bien sûr motus Elle vous dira papa maman Prenez-la montez dans le train Nous serions malins tiens De nous retrouver là sur le quai avec le couffin Pendant que votre épouse et vos bagages s’éloignent (Elle rit.) |
| JIM . | Adieu |
| JANE . | Promettez-moi d’envoyer de ses nouvelles Une fois par an En septembre Quelques photos quelques phrases Elle ne sera pas absente de mon cœur Et votre adresse |
| JIM . | Voici ma carte Soyez sage Jane Et heureuse |
Jane chante une dernière fois.
| JANE . | Aï Aï Kaille Di Dans la prairie Aï Aï Kaille Di Tu grandiras Le vent emportera tous tes soucis Aï Aï Kaille Di Tu chanteras |
| JIM . | C’est l’heure |
Elle donne le couffin, il l’emporte, le train part.
| JANE . | Adieu |
Fin de l’acte un.