Actes sud-papier
1996

Surprise

Résumé :

Amélie et Léa, deux sœurs, partent en vacances, déterminées à ne pas approcher l’ombre d’un homme. Momo et Tristan, deux amis travaillant ensemble, partent en vacances, résolus d’échapper à toute tentative de séduction. Tous savent bien que les hommes et les femmes sont faits pour ne pas s’entendre. Mais le hasard les met face à face. Ils se retrouvent voisins, et doivent partager la jouissance d’un jardin ! (Comme dit madame Gaspard, la propriétaire des gîtes ruraux.) Nos quatre héros tiendront-ils leurs résolutions ?

4 personnages : 2 femmes et 2 hommes

Amélie
Tristan
Momo
Léa

Lieu :

Toute l’action se passe dans le jardin à partager, sous les fenêtres des deux gîtes mitoyens. Autour, un vaste paysage de montagne.

Origine de l’écriture :

Après l’intensité émotionnelle traversée avec la création en 1994 d’une pièce traitant
frontalement le sujet de l’inceste — Agnès —, j’ai éprouvé le désir de mener une comédie réunissant une partie des interprètes de Agnès et particulièrement les deux comédiennes ayant joué Agnès adolescente et Agnès adulte. Une comédie donc, une pièce de vacances et de légèreté, une pièce délurée. Avec un clin d’œil à La surprise de l’amour de Marivaux. Les quatre jeunes protagonistes ont été blessé.e.s en amour et veulent se tenir à distance, mais le frémissement de la vie et des désirs est plus fort. L’écriture est en prise directe sur la langue rapide de la jeunesse active, pas de lyrisme, mais une recherche sonore et rythmique, afin de saisir la musicalité du langage, avec ses chaos et ses coq-à-l’âne. L’action se termine par un chant à quatre voix : happylogue ?

Structure :

PREMIÈREMENT : LA TRANQUILLITÉ CONTRARIÉE
DEUXIÈMEMENT : L’AGITATION CONTENUE
TROISIÈMEMENT : LA TENTATION DE LA FUITE
QUATRIÈMEMENT : ENFIN
HAPPYLOGUE

Première mise en scène

Théâtre de l’Aquarium Cartoucherie de Vincennes, février 1996, dans une mise en scène de l’autrice, avec Marie-Armelle Deguy, Simon Duprez, Christophe Giodano, Stéphanie Rongeot.

Accéder à la fiche Mise en scène

Traductions

Suprise traduction en italien de Paola D’arborio.
Traduction en espagnol de Pablo REY.

Extrait

PREMIÈREMENT : LA TRANQUILLITÉ CONTRARIÉE

(…)

  • MOMO, téléphonant. Négociez ça à ma place. … Dites que je suis absent, injoignable. … Il y a quatre ans, que je n’ai pas débandé ! O.K.? … Salut !
  • LÉA. Quatre ans, quelle santé !
  • MOMO, secouant Tristan. Regarde ! Qu’est-ce que c’est que ça ?
  • TRISTAN. Des femmes.
  • AMÉLIE. Je rêve !
  • LÉA, aux hommes. Une cuillerée de cyanure ?
  • TRISTAN. Pardon ?
  • LÉA. Dans votre café.
  • AMÉLIE. C’est excellent pour la santé de l’entourage.
  • MOMO. Sont-elles réelles, virtuelles ?
  • AMÉLIE. Déguerpissez ! Vite !
  • TRISTAN. Malheureusement, réelles.
  • LÉA. De l’air !
  • TRISTAN. Expliquons-nous.
  • MOMO. Tu veux t’expliquer avec ça ?
  • TRISTAN. Momo!
  • AMÉLIE. Momo, puisque Momo il y a, a parfaitement raison, il n’y a pas à s’expliquer. Nous, nous voulons être en paix, et vous, vous n’avez rien à faire ici, alors déguerpissez ! Momo !
  • TRISTAN. Il doit y avoir un malentendu.
  • LÉA. Malentendu, mon cul !
  • AMÉLIE. Léa !
  • LÉA. Qu’ils se tirent de notre jardin !
  • MOMO. C’est notre jardin !
  • AMÉLIE. Non, notre jardin !
  • TRISTAN. Notre jardin !
  • AMÉLIE et LÉA. Notre jardin !
  • MOMO. O.K.…
  • TRISTAN. Ce jardin, votre jardin ?
  • LÉA. Oui.
  • MOMO. Vous l’avez acheté ?
  • AMÉLIE. Nous l’avons loué.
  • TRISTAN. Impossible.
  • MOMO. C’est nous qui l’avons loué.
  • AMÉLIE. Léa, là, je sens que je vais crier.
  • LÉA. Minute ! Le jardin, ce jardin-ci, là, vous l’avez loué ?
  • TRISTAN. Avec ce gîte-ci, là, oui.
  • AMÉLIE, criant. Ah ahahahahahahahahah!
  • LÉA. Amélie !
  • MOMO. Où est-ce qu’on la débranche, cette grande bringue ?
  • AMÉLIE. Nous voulons la paix ! La paix !
  • MOMO. O.K.
  • TRISTAN. Nous aussi.
  • AMÉLIE. Nous avons loué ce gîte et ce jardin pour y être en paix !
  • TRISTAN. Nous aussi.
  • AMÉLIE, s’effondrant en pleurs. Oh… j’en ai assez.
  • LÉA. Et voilà !
  • TRISTAN, à Momo. Appelle la ferme !
  • AMÉLIE. Oui, appelez la ferme.
  • MOMO. O.K., j’appelle la ferme.
  • TRISTAN. C’est un malentendu…
  • LÉA. La ferme !

(…)

DEUXIÈMEMENT : L’AGITATION CONTENUE

(…)

  • LÉA. Qu’est-ce qui vous fâche contre les femmes, Momo et toi ?
  • TRISTAN. Principalement les femmes.
  • LÉA. Toutes ?
  • TRISTAN. Chaque fois que j’ai aimé, moi, j’ai été largué.
  • LÉA. Et Momo ?
  • TRISTAN. Lui, c’est mon envers, les femmes ne le motivent pas.
  • LÉA. Il est puceau ?
  • TRISTAN. Momo ? Puceau ?
  • LÉA. Des types de trente ans toujours puceaux, j’en connais ; y a pas de honte.
  • TRISTAN. Je ne pense pas que Momo appartienne pas à cette catégorie.

(…)

QUATRIÈMEMENT : ENFIN

(…)

  • LÉA. Momo…
  • MOMO. Vous n’avez pas froid ?
  • LÉA. Non ! T’as pas envie de parler ? Tu préfères danser ?
  • MOMO. Je ne sais pas danser.
  • LÉA. Tout s’apprend !
  • MOMO. Écoutez Léa! votre sœur m’a dit des choses…
  • LÉA. Des choses… Quoi ! Quoi ?
  • MOMO. Que vous étiez… Que vous seriez… Enfin que…
  • LÉA. Accouche !
  • MOMO. Léa ! je mène une vie idiote, O.K.! Vous savez ce qui me fascine dans le règne animal ?
  • LÉA. Tu m’embrouilles…
  • MOMO. La fourmi ! Les fourmis ! Je passerais des heures à contempler l’activité stupide des fourmis, si je n’étais pas, moi, Momo, une énorme fourmi toujours en activité stupide.
  • LÉA. Qu’est-ce qu’elle t’a raconté ma sœur ?
  • AMÉLIE, de l’intérieur du gîte, invisible, lointaine. Léa !
  • MOMO. Ah ! elle vous appelle.
  • LÉA. Qu’elle trempe ! Elle est dans son bain, elle ne va pas se noyer.
  • MOMO. Léa, vous m’êtes très sympathique.
  • LÉA. Quoi !?
  • MOMO. Oui ! sympathique. Je ne peux rien vous dire d’autre. Je suis un type dépourvu de sentiment. J’ai pas été programmé pour ! O.K. ? Je travaille comme un fou, et si j’arrêtais de travailler, je tomberais.
  • LÉA. Dans mes bras ?
  • MOMO. Non ! Ni dans vos bras, ni dans les bras d’une autre !
  • LÉA. Essaye !
  • MOMO. N’essayez pas de m’attendrir. Je suis inattendrissable. De la carne !
    (…)