Le Temps turbulent
Fresque en neuf mois, le temps d‘une gestation, d’une rencontre, d’un dépouillement, d’une résurrection…
Résumé :
Si on parle de Claire, c’est le temps de tout perdre et d’en rire.
Si on parle de Pierre, c’est le temps de changer sa vie.
Si on parle de Fanny, c’est le temps de la gestation.
Si on parle de Charles, c’est le temps des soucis.
Si on parle de François, c’est le temps du combat.
Si on parle de Lili, c’est le temps d’escroquer joliment.
Si on parle de Balthazar, c’est le temps des fiançailles.
Si on parle de Cloche, c’est le temps simplement.
Il y a aussi l’ancienne amante, l’homme dégelé et le médecin de nuit.
Tous sont personnages, rêves de personnages, personnes de chair et de sang, personnes rêvées par d’autres, tous sont provisoirement.
Quant au monde, il tourne.
La naissance de l’écriture :
Je voulais écrire une pièce tournoyante. Le travelling descendant d’une chute. Entre réel brut et rêves confus. Pour les personnages centraux, les neuf mois de cette histoire sont un moment fondamental de leurs vies, avec des transformations puissantes. Personne n’a le temps de s’arrêter pour réfléchir, personne ne peut freiner le temps, personne ne peut s’échapper.
À la création la pièce a été jouée par cinq comédiennes, cinq comédiens et un enfant.
Fanny
Charles
Lili
François
Claire
Balthazar
Pierre
Cloche
Le médecin de nuit
L’ancienne amante
Le dégelé
L’homme
La femme
Le serveur
Le grand-père
La fiancée du grand-père
La centenaire
Deux infirmières
Deux journalistes
Des paysans
Des manifestants
Des personnes
Le Petit fantôme
L’enchaînement fou des lieux et des situations, en ville et à la campagne, en intérieur et en extérieur donne une idée poétique de l’ambition de cette pièce « en prise sur le temps présent et filant ». Le temps turbulent ouvre un beau défi à la mise en scène.
Premièrement
scène 1 départ
scène 2 retrouvailles
scène 3 rencontre
scène 4 nuit blanche
Deuxièmement
scène 1 silence
scène 2 rue
scène 3 vertige
scène 4 l’ange
scène 5 cœur défaillant
scène 6 fuite
scène 7 oubli
scène 8: colère
scène 9: séparation
troisièmement
scène 1: tournis
scène 2: famille
scène 3: procuration
scène 4: corde
scène 5: morale
scène 6: panneau
scène 7: décalage
quatrièmement
scène 1: l’appartement vide
scène 2: l’appartement volant
scène 3: l’hôpital
Cinquièmement
scène 1: le mariage
scène 2 : Sous le cerisier
scène 3 : la route
scène 4: le cri du marmot
En Letton : NEMIERA LAIKS de Katrīna Anna. Texte en letton par le département de traduction de l’Académie de la Culture et joué en juin 2011 au Théâtre National de Riga. Mise en scène de Patrice Douchet, dans le cadre d’un partenariat entre le Théâtre de la Tête Noire à Saran et le Théâtre National de Riga en Lettonie.
1993 – Théâtre National de Toulouse, Centre Dramatique National d’Orléans, Théâtre Nanterre-Amandiers, dans une mise en scène de l’autrice.
Extrait
DEUXIÈMEMENT
(…)
scène 4 : l’ange – Une nuit, à Paris, dans une rue silencieuse, Cloche passe.
CLOCHE.Si vous ne distinguez plus le vrai du faux, c’est que vous ne voulez pas voir. Car moi je crie dans vos rues, pas folle, je crie pour être entendue, mais vous vous détournez, et, de force, vous me ferez folle. Si vous vous détournez, c’est que vous ne voulez pas voir, ni entendre, ni sentir, ni goûter, ni toucher. Vous n’êtes pas des soiffards de la vie. Vous ne voulez pas la vie. Vous êtes toqués d’une idée de la vie, d’une image. Une image prête-à-voir, une image cadrée, propre, appropriée. Mais vos rêves sont plus réels, que ces images qui vous harcèlent…
scène 5 : cœur défaillant – À Paris, chez Pierre et Claire, une nuit. Apparaît Pierre, hurlant.
PIERRE.Claire ! Claire ! Claire ! Réponds ! Nom de Dieu ! Claire ! Bouge ! Réveille-toi ! Claire ! Claire ! Claire !CLAIRE, tirée d’un sommeil profond. Qu’est-ce qu’il y a ?PIERRE.Je t’ai crue morte !CLAIRE.Morte…PIERRE.J’ai cru, que tu t’étais enfermée. Je n’arrivais pas à ouvrir cette putain de porte, la clé était coincée. Et j’ai cru, que tu t’étais flinguée. C’est atroce. Je t’ai crue morte.CLAIRE.Je dormais, il est cinq heures du matin.PIERRE.Il faut se quitter, tout de suite, avant la fin. Pas s’accrocher à l’idée du bonheur. Quand je marche dans la rue, j’ai la honte du bonheur, le dégoût… ça ne va pas… ça ne va pas. Tu as vu les regards des passants ? Leurs visages serrés, l’amertume, la désolation… Tous apparaissent pour disparaître… Ça ne va pas. Nous sommes des passants Claire… ça ne va pas. Je ne t’aime pas… je ne suis rien… je n’aime pas… ça ne va pas… ça ne va pas… ça me dégoûte… qu’est-ce que ça fait ? Toute la nuit dans des bistrots, à descendre, jusqu’au dégoût… qu’est-ce que ça fait ? Et toi !? Qu’est-ce que tu m’aimes ? Qu’est-ce que tu racontes quand tu dis que tu m’aimes… ça ne va pas. Je ne t’aime pas. Je ne t’ai jamais aimée. Je ne m’aime pas assez pour aimer quiconque. Oh ! on s’en raconte des conneries. Assez ! Assez, les mensonges ! L’amour… quel amour ? Qu’est- ce que ça fait ? Tu n’as pas besoin de moi. Et moi, je ne t’aime pas. Tu m’entends ? Je ne peux pas t’aimer… j’en suis incapable… je voudrais crever… ça ne va pas. Séparons-nous. Putain ! si j’avais la force pour aimer, ce serait toi, oui, ça oui, mais non, non, rien, et rien. Putain ! je t’ai crue morte!CLAIRE.Qu’est-ce que tu me reproches ?PIERRE.Rien. Rien du tout. Je suis abject… tout est abject… ça ne va pas. Je vais te dire une chose : je n’ai jamais fait l’amour avec toi. Non ! Ne ris pas ! Ne ris pas putain ! Au lit avec toi, je n’ai jamais fait l’amour avec toi. Je me suis toujours raccroché à des images, à des fictions, à des conneries pour pouvoir bander, et ça… ça me dégoûte… ça ne va pas… ça ne va pas. La vérité crue est que je ne t’aime pas, que je ne t’ai jamais aimée, que je n’aimerai jamais quiconque, et que jamais personne n’aima personne.CLAIRE.Pierre…PIERRE.Pas fou ! Tous désirent seulement être aimés. Tous disent “je t’aime” seulement pour être aimés. Ça ne va pas… Oui ! j’ai bu, mais je ne suis pas fou.CLAIRE.Je pourrais être enceinte de toi.
(…)