Actes sud-papier
1989

Éclats

Résumé :

Il y a le soleil d’août : il y a la chaleur claire des pierres plates ; il y a des Indiens féroces ; il y a un pacte. Il y a les premiers émois ; il y a des absences silencieuses et des cris de joie ; il y a le refuge délicieux de l’eau courant dans l’herbe odorante. Il y a l’amitié, cette passion douce. Le temps passe. Il y a la grande ville ; il y a le travail ; il y a le poids des heures ; il y a l’amour, jour après jour. Il y a l’absolu incertain. Le temps passe. Il y a un automne : il y a un canard farci aux olives vertes ; il y a un bain à minuit. Il y a la vivacité des couleurs. Le temps passe. Il y a la tour Saint-Jacques : il y a de brusques bouffées de désir. Il y a la peur. Le temps passe. Il y a des rires aux larmes : il y a des esquisses, des tentations, des tentatives : il y a des commencements. Il y a le ciel. Dieu reste invisible. Il y a une fin aussi, sans doute. Ne pas rester sur la fin. La rivière chante encore.

7 personnages : 4 femmes et 3 hommes
Lise
Alix
Lajos
Marthe
La Mère
Paul
Camille

Première mise en scène

1989 – Création au cloître de la Collégiale à Villeneuve-lès-Avignon, dans le cadre du Festival d’Avignon, pour 12 représentations, dans une mise en scène de l’autrice.

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Traductions

Allemand : Sternensplitter de Corinna FREY, 1989

Anglais (USA) : Victoria BEATTIE, 1992

Espagnol et Catalan : Juan RIERA, 1995

Néerlandais : Scherven de Anneke PIJNAPPEL

Extrait

Marthe – Camille

  • MARTHE. tu me chasses
  • CAMILLE. je ne te chasse pas il vaut mieux que tu partes
  • MARTHE. oui
  • CAMILLE. stop
  • MARTHE. il vaut mieux que je parte
    après ma mort ce sera simple
    comment dois-je me tuer Camille
  • CAMILLE. comme tu veux
  • MARTHE. je pose la question gravement
    toi
    toi que j’aime le plus
    toi que j’aime le mieux
    toi qui me connais
    tu me conseilles de mourir
  • CAMILLE. tu ne peux pas rester en vie pour les autres
    mais pour toi Marthe
    pour toi seule
    parce que la vie
    la vie est terriblement belle
    oui
    terrible et belle
    je ne peux pas te forcer à respirer si la souffrance est telle
    je ne sais pas
    si j’avais ton talent
    je peindrais jusqu’à l’apaisement je peindrais
    j’offrirais sans compter toutes mes couleurs
    les joies les anxiétés
    la vie est belle
    son partage aussi
    tu ne m’écoutes pas
  • MARTHE. qui écoute qui
  • CAMILLE. si tu veux
  • MARTHE. je vous envie Paul et toi
  • CAMILLE. ah oui
  • MARTHE. un lien si doux si fort
  • CAMILLE. qu’en sais-tu
  • MARTHE. je vois
  • CAMILLE. que vois-tu
    que vois-tu des autres
    de quel droit te crois-tu toujours la plus douloureuse
    penses-tu être seule
    blessée par les mots
    blessée par les gestes
    par le silence
    penses-tu être seule
  • MARTHE. je suis seule
  • CAMILLE. penses-tu être unique
  • MARTHE. tiens

(Marthe tend un tube de médicaments)

  • MARTHE. du sommeil
    la moitié suffit pour l’éternité
    partageons
  • CAMILLE. tu vas rater ton train

Marthe met tous les comprimés dans sa bouche
Marthe et Camille ne se lâchent pas des yeux
Marthe rejette les comprimés dans le tube

  • MARTHE. plus tard