Le Ciel est pour Tous
8 personnages : 3 femmes et 5 hommes
Abdel (le père)
Hélène (la mère)
Lucie (la fille)
Selim (le fils)
Barbara (la tante)
Jonas et Joel (deux frères jumeaux qui peuvent être joué par le même comédien)
Le curé
Résumé
Tout commence à la mort du grand-père, lorsque la mère décide seule d’organiser une cérémonie à l’église ! Ce choix déclenche des réactions contrastées. Et, comme toujours quand il est question de vie et de mort, ça oscille du comique au tragique.
Inspirée par les secousses dans notre actualité et le Traité sur la Tolérance de Voltaire, la pièce interroge la possible montée de l’intolérance religieuse. Au sein d’une famille laïque, au sein de notre société.
Thématique
Dans cette fable en trois temps, une famille se trouve confrontée à la question de la foi. L’enterrement du grand-père, la recherche d’identité du fils face au père, le mariage de la fille aînée et la sortie de son livre autour de l’affaire Calas sont autant de situations où les croyances des uns et des autres prennent de plus en plus de place, même pour celles et ceux qui pensaient ne pas être concernés par la religion. Au-delà de la question de la foi surgit une autre dimension, collective, politique.
Le 7 juin 2011, Théâtre de l’Est parisien (74) dans une mise en scène de l’autrice.
Extrait
(2e époque, scène 6)
SELIM :Tu n’as pas l’impression d’avoir manqué quelque chose avec ton fils ?ABDEL :Avec toi ?SELIM :Tu as d’autres fils ?ABDEL :Je ne crois pas.SELIM :À quoi ça sert un père ?ABDEL :Vaste sujet mon fils.SELIM :Ricane ! Dans ton tablier de cuisine ! Ridicule !ABDEL :Tu es bien agité ce soir.SELIM :Comment je fais, moi, pour devenir quelqu’un, avec un père comme toi ? Tu ne sors de tes bouquins que pour faire la cuisine ! Jamais un mot sur l’essentiel !ABDEL :L’essentiel… Quoi ? La cuisine, l’amour, la rigolade ?SELIM :Dieu !ABDEL :Bien. C’est là-dessus que tu t’excites…SELIM :Ton père a fait de toi un musulman. Mais toi !? Tu es comme un maillon manquant. Un père manquant.ABDEL :Je vais réduire le feu sous la canette.
Il sort. Selim hurle.
SELIM :Tu m’emmerdes avec ta canette ! Et ma mère ? Qu’est-ce qu’elle fout ? Pourquoi c’est pas elle qui fait la cuisine chez nous ? Comme partout !?
Abdel revient, toujours couvert du tablier de cuisine.
ABDEL :Tu te calmes. Tu te calmes ou tu gicles.
Silence
SELIM :Où elle est maman ?ABDEL :Ta mère et moi vivons comme nous le jugeons bon. Nous t’avons élevé avec nos idées. Dans quelques jours, tu seras majeur et tu pourras, si tu trouves cela viril, tenter d’asservir une femme.SELIM :Dans les Écritures, la femme est soumise à l’homme.ABDEL :Quelles écritures ?SELIM :Pas dans tes bouquins d’intello ! Dans les Écritures ! La femme est soumise à l’homme. L’homme est soumis à Dieu. C’est ainsi. Depuis des siècles. Tu ne vas pas changer l’ordre.ABDEL :Je ne suis pas soumis à Dieu. Je ne crois plus qu’il existe. J’avais ton âge à peu près quand je me suis dépêtré de la religion.SELIM :Tu ne crois en rien !?ABDEL :Je crois que l’humanité est le réservoir du bien et du mal. Je crois que Dieu est une belle idée mal utilisée. Pour moi, il n’y a pas Dieu, parce qu’il n’y a pas de centre. La Terre n’est pas au centre du monde. Pourquoi vouloir un Dieu au centre de la Création ? Si l’humanité acceptait qu’il n’y ait pas de centre et même qu’il n’y ait pas de sens, chacun ferait beaucoup plus attention, à chaque instant, à chaque geste, à chaque être humain… Et notre vie, dans toute sa complexité, deviendrait plus modeste et plus douce.