Actes sud-papier
1991, 2009

Tita-Lou

Résumé :

C’est un voyage pour deux sœurs dont l’une est aveugle, ce qui amène l’autre à raconter tout ce qu’elle voit. Elles partent d’une île bretonne et vont à la recherche d’un guérisseur en Sicile, suite à une lettre laissée par leur père. Que vont-elles trouver dans ce voyage ?

Personnages : 2 femmes
Tita
Lou

On entend de nombreuses voix d’hommes.

Présentation :

Trente ans, et l’envie de ne plus savoir… aller voir ailleurs. Tiens ! Quelque chose manque. Quelque chose manquera toujours. Le manque suscite des gestes, des paroles, des rires. Le manque est à l’origine. Même l’amour infini des deux sœurs, Tita et Lou, n’a pas réussi à supprimer le manque. Trente ans ! Vite ! Que Lou et Tita aillent voir ailleurs ! Qu’elles s’arrachent ! Tiens ! Les voilà parties. Et elles qui n’avaient jamais quitté leur îlot breton, débarquent à Palerme, le sourire aux lèvres et la peur au ventre. Tiens ! Elles ont emporté la petite pierre tiède… Et le père leur avait écrit que la pierre se réchaufferait à l’approche de Le Du, le guérisseur, cet homme qu’elles n’ont jamais vu. Tiens ! Tiens ! Il était une fois deux sœurs que personne ne semblait pouvoir séparer… Tita-Lou. Il y a ce lien, ce tiret, ce trait tiré, ce trait à tirer entre Tita et Lou.

Traduction

Anglais
(USA) Traduction de Victoria Beattie, 1993.
(Royaume uni) Traduction de Hanna Gillian, 1999.

Espagnol
(Chili ) Traduction de Ximena Alvarez.

Grec
Τιτα-Λου – Traduction de Nikiforos Papandreou, 1993.

Suédois
Traduction de Asa Edgren, 1996.

Première mise en scène

1991 – Théâtre Nanterre-Amandiers, dans une mise en scène de l’autrice.

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D’autres mises en scène

1993 – Dans la traduction en grec de Nikoforos Papandreou, Mise en scène de Nikoforos Papandreou, Théâtre Amalia de Thessalonique, Grèce. Théâtre Katherina Vasilakou, Athènes, Grèce, 2002.

1996 – Mise en scène de Yves-Laurent Schwob Festival d’Avignon Le Funambule.

2008-09 – Mise en scène de Marielle Baus avec Sandrine Clemençon et Alicia Le Breton cie Les Fourmis rousses. Théâtre Jean Vilar à Montpellier, Théâtre du Sillon à Clermont l’Hérault, Festival Off Avignon.

2024 – Dans la traduction en grec de Nikoforos Papandreou, Mise en scène de Ioannis Kontos, Théâtre Mekeio de Ionnina, Grèce, 2024-25.

Extrait

  • TITA
    Il y a un cadeau pour toi.
  • LOU
    Tu me couvres de cadeaux.
  • TITA
    Un livre pour lire ensemble cet après-midi.
  • LOU
    J’aimerais mieux sortir.
  • TITA
    Tu n’es plus malade ?
  • LOU
    Plus du tout.
  • TITA
    Tu te souviens de tous les livres que je t’ai lus là-bas ? Toutes ces histoires, tous ces mots. Tous les pays dans lesquels on se promenait, jusqu’à oublier les bêtes qui gueulaient dans l’étable.
  • LOU
    J’ai pas besoin de toi pour lire.
  • TITA
    Pourquoi tu dis ça ?
  • LOU
    Parce que c’est vrai. Je n’ai pas besoin de toi Tita.
  • TITA
    Qu’est-ce que tu me reproches ?
  • LOU
    Rien. Je réfléchis. Au début, je me disais : « Ce sont les pensées de la fièvre », mais la fièvre est tombée, pas les pensées. Ecoute. Je suis pas sûre de vouloir chercher Le Du. Je suis pas sûre de vouloir voir comme toi. Tu comprends ?
  • TITA
    Qu’est-ce que tu me reproches ?
  • LOU
    Rien. Tu te rappelles l’histoire de la petite sirène ? Pour ressembler au prince, elle demande des jambes. La sorcière les lui donne en échange de sa voix. Plus un mot, plus une chanson. Et chaque mouvement sur ses belles jambes la fait atrocement souffrir. Pourtant elle danse, essayant de séduire le prince, et le prince n’est pas séduit.
  • TITA
    Tu veux séduire quelqu’un ?
  • LOU
    Non. Pas moi. Seulement j’ignore ce que Le Du me prendrait, en échange…
  • TITA
    Rien !
  • LOU
    Je suis pas sûre. Tu sais Tita, j’ai des couleurs à moi. Jaune joyeux, bleu chaleureux, rouge brûlant, vert sévère et piquant. Et l’orange est rond, le noir est en pente. Mes yeux sont clos mais dans ce clos tout existe : la lumière, l’ombre… Tu comprends ? Près d’un feu, quand je lève la main devant mon visage, l’ombre sur ma joue, c’est le froid.
  • TITA
    Si Le Du te guérissait, tu pourrais et imaginer et sentir, et voir.
  • LOU
    Et voler, et marcher sur l’eau, et courir sur la lune…
  • TITA
    Tu m’énerves, Eloïse !
  • LOU
    Je suis comme ça, je ne vois pas, je suis née comme ça. Avec une peur en plus. C’est simple. Moi je suis pas comme toi. Tu comprends ?
  • TITA
    On est venu chercher Le Du. Alors on le cherche, on le trouve…
  • LOU
    Et si on ne le trouve pas ? On le cherche toute la vie ?
  • TITA
    Tu m’énerves !
  • LOU
    Je suis pas sûre de savoir m’en servir de votre vue.
  • TITA
    Mais si ! ça faciliterait la vie.
  • LOU
    A toi ?
  • TITA
    A toi.
  • LOU
    Je suis pas sûre de vouloir la vie plus facile.
  • TITA
    Tu m’énerves ! Tu m’énerves, Eloïse, tu m’énerves !
  • LOU
    Qu’est-ce que t’as ? Qu’est-ce qui t’arrive ? Dis-moi ! Dis-moi ce qui arrive.
  • UNE VOIX D’HOMME
    On ne parle que pour trouver la place exacte, l’exacte distance face à l’autre corps.
  • LOU
    Tita. Dis-moi. Qu’est-ce qui se passe ?
  • TITA
    Rien. Je suis fatiguée.
  • UNE VOIX D’HOMME
    On parle pour mettre les corps en face.
  • LOU
    Dis-moi, sinon je t’en ferai voir de toutes les couleurs.
  • TITA
    Je voudrais sortir.
  • LOU
    Eh ben, sors. Sors !
  • TITA
    Tu ne veux pas guérir ?
  • LOU
    Je ne suis pas malade, je suis avec quelque chose en moins. Toi, tu n’es pas avec quelque chose en moins ?
  • TITA
    Tu m’énerves !
  • LOU
    Tu ne te sens jamais infirme ? Tu ne te sens jamais démunie ? Tu ne te sens jamais perdue ? Tu ne te sens jamais abandonnée ? Béatrice, toi qui vois, tu ne te sens jamais avec quelque chose en moins ?
  • TITA
    Tu m’énerves !
  • LOU
    Je vais prendre une douche. Après la douche, on sort. D’accord ?