L'école des loisirs
1997

Nuit pâle au Palais

Personnages : 2 hommes et 1 spectre

Picq
Raton
Le spectre de Louis Balay

Résumé :

C’est la nuit au Palais de Justice. Deux procureurs, Picq et Raton ont la trouille au ventre et l’estomac dans les talons. Ils ont trucidé un confrère, Louis Balay, et enfermé la jolie Paulette dans un placard à balais. Un corps sur les bras, un témoin gênant, comment faire ? Mais la justice, ça les connaît. Ils ont une nuit pour inventer leur innocence, une nuit mortelle.

Une commande pour deux comédiens et un contrebassiste :

Cette pièce a été jouée en 1997, tissée avec une musique originale d’Henri Texier.

Nuit pâle au Palais, est un trio, pour deux joueurs de mots et un joueur de notes : trois danseurs de cordes sur le fil d’une histoire policière. Ce texte est né du désir de trois artistes plein d’humour et de gourmandise — ils aimaient s’appeler « Les trois gros »… Philippe Faure, Henri Texier, Daniel Znyk.

À leur demande, j’ai écrit cette pièce folle, située dans un Palais de justice, une histoire entre deux procureurs de la République et le fantôme du collègue qu’ils viennent d’assassiner, par emportement amoureux. L’écriture est joueuse avec sons et rythmes, pour faire la passerelle entre le plaisir du théâtre et le plaisir du jazz.

Brigitte Smadja a beaucoup aimé et ri en découvrant le spectacle au Théâtre de la Bastille en 1997. Elle a souhaité publier cette pièce, accessible à partir de quinze ans, dans la collection Théâtre de l’école des loisirs.

Texte OVNI, ou plutôt texte OMNI (Objet Musical Non Identifiable), Nuit pâle au Palais, partition de mots et de situations, peut inspirer d’autres musiques… À redécouvrir !

Première mise en scène

Nuit pâle au Palais a été joué pour la première fois le 15 janvier 1997, à Poitiers. Puis en tournée.

Mise en scène collective, musique d’Henri Texier.

Avec Philippe Faure, Henri Texier, Daniel Znyk.

Production : Théâtre des Agités, Maison de la Culture d’Amiens, Scène Nationale de Poitiers, Théâtre de la Bastille à Paris.

Extrait

Le début – Dans un bureau du Palais de Justice.

Picq et Raton fument frénétiquement

Picq : Il ne respire plus ?
Raton : Plus du tout.
Picq : Qu’est-il donc arrivé ?
Raton : Un accès.
Picq : Ne crois-tu pas qu’il serait fin de se tirer ?
Raton : Ah ! le sexe…
Picq : Ce n’est pas drôle.
Raton : Non.
Picq : Nous sommes dedans !
Raton : Jusqu’au trognon !
Picq : Trop con… !
Raton : Trop tard !
Picq : Raton !
Raton : Picq ?
Picq : Ton humour sarcastique me glace.
Raton : J’ai l’humeur antarctique.
Picq : Réfléchissons !
Raton : Mais ne fléchissons pas !

Long temps de réflexion sans flexion

Picq : Entends-tu ?
Raton : Rien.
Picq : Tapi – tapa – tapa – tapa – tap – tap !
Raton : T’es tapé,!
Picq : T’entends rien qui t’étonne ?
Raton : J’entends rien qui détonne !
Picq : Tu déconnes.
Raton : J’ai soif !

Ils se servent à boire. Glouglous.

Picq : Santé !
Raton : Prison !

Temps suant à grosses gouttes.

Picq : Comment s’en sortir ?
Raton : -Sans le sortir d’ici, on ne peut pas sortir.
Picq : Le sortir, c’est l’enfer !
Raton : L’enfermer, pourquoi pas.
Picq : Dans le Palais ?
Raton : Au fond d’un placard à balais.

Ils rient stupidement, puis chantent : Louis Balay, mais presque…

« Louis Balay
T’étais pas laid
Mais pas plus beau
Qu’un vieux nabot
Picq t’équivaut
Raton te vaut

Quand ils ont vu Picq et Raton
Que tu goûtais
Sans souci du qu’en dira-t-on
Ce que jamais
Même à violents coups de bâtons
Ils n’obtenaient
Des donzelles et des guenons

Picq et Raton ont vu mauvais

Louis Balay
T’étais pas laid
Pas chevelu
Mais très poilu
Picq t’équivaut
Raton te vaut

Quand ils ont vu Picq et Raton
Qu’une beauté
Sans souci du qu’en dira-t-on
T’avait sauté
Au cou poussée par Cupidon
Sans ergoter
Pour te bichonner à tâtons

Picq et Raton t’ont saboté

Louis Balay
T’étais pas laid
Mais pas plus fin
Qu’un gros couffin
Picq t’équivaut
Raton te vaut

Quand ils ont vu Picq et Raton
Que cette infâme
Leur avait autrefois dit  » non »
« Hippopotames »
« Vous avez trop de capiton »
« Pour une dame »
Sans souci du qu’en dira-t-on

Picq et Raton ont fait un drame »